
Ubbe : histoire vraie du fils de Ragnar et sa mort
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Trois hommes portent ce nom et ce n'est jamais le même. Il y a Ubbe, le fils calme de Ragnar dans la série Vikings. Il y a Ubba, le chef danois de The Last Kingdom. Et il y a un guerrier bien réel, actif en Angleterre dans la seconde moitié du IXe siècle, que les moines anglais nomment tantôt Ubba, tantôt Hubba.
Les deux premiers descendent du troisième. Mais entre la figure historique et les personnages portés à l'écran, mille ans d'ajouts se sont empilés. Des hagiographies écrites pour terrifier, des généalogies fabriquées trois siècles après les faits, et un scénario de série qui l'envoie de l'autre côté de l'Atlantique.
Cet article fait le tri. Il date chaque source, dit ce qu'elle affirme, et signale quand elle se contredit. Vous y trouverez ce qui est attesté, ce qui est probable, et ce qui a été inventé, y compris sur sa mort, la question la plus posée à son sujet.
L'essentiel à retenir
- Ubba a existé : il commande une partie de la Grande Armée qui écrase la Northumbrie en 867 et prend York.
- Deux chroniques le décrivent comme dux des Frisons, pas comme un simple chef danois.
- Il meurt vraisemblablement en 878, à Arx Cynuit dans le Devon : 23 navires, 840 morts selon la Chronique anglo-saxonne.
- La Chronique ne le nomme pas parmi les morts : elle écrit seulement « le frère d'Ivar et de Halfdan ». Le nom d'Ubba vient d'un texte du XIIe siècle.
- Sa filiation avec Ragnar Lodbrok est une construction tardive : Ubba est quasi absent des traditions islandaises.
- Non, il n'a pas découvert l'Amérique. C'est Leif Erikson, vers l'an mil.
Ubbe, Ubba ou Hubba : trois personnages pour un seul nom
Le même homme se cache derrière trois visages, et la confusion entre eux explique la plupart des erreurs que l'on lit sur Ubbe. Avant toute chose, il faut poser qui est qui.
- Ubbe Ragnarsson, série Vikings (History, 2013-2020), incarné par Jordan Patrick Smith. Aîné des fils de Ragnar Lodbrok et d'Aslaug, frère de Hvitserk, Sigurd et Ivar, demi-frère de Bjorn. Époux de Torvi. Son arc s'achève de l'autre côté de l'océan.
- Ubba, série The Last Kingdom (BBC puis Netflix, 2015-2022), incarné par Rune Temte. Chef danois brutal, obsédé par les présages, venu prendre le contrôle de l'Angleterre.
- Ubba, personnage historique, mort en 878. Chef viking actif en Angleterre, mentionné pour la première fois dans un texte de la fin du Xe siècle.
Les deux personnages de fiction s'inspirent de la même figure : les scénaristes des deux séries ont puisé dans le même dossier anglo-saxon, ce qui explique qu'un spectateur passant de l'une à l'autre ait l'impression de voir deux hommes différents. Ubbe apparaît aussi dans le jeu Assassin's Creed Valhalla, aux côtés de son frère Ivar.
Un détail suffit à mesurer l'écart entre ces versions : dans Vikings, Ubbe est le tempéré, celui qui cherche la paix et la terre. Dans les chroniques anglaises, il est l'archétype même de l'envahisseur païen, cité dans les récits de martyre les plus sanglants du Moyen Âge insulaire.
Ubba, chef viking : ce que disent vraiment les sources médiévales
Ubba n'est pas un personnage de légende : il apparaît dans des chroniques historiques, mais toujours tardivement et jamais de la main d'un contemporain. C'est cette nuance que toute la SERP française oublie.
Un chef frison, pas un Danois générique
Deux textes, les Annales Lindisfarnenses et Dunelmenses et l'Historia de sancto Cuthberto, le décrivent comme dux des Frisons. L'information est capitale et presque jamais reprise : Ubba n'y est pas un Danois générique mais le chef d'un contingent frison. Or on sait que plusieurs commandants vikings tenaient des bénéfices en Frise pour le compte des Francs, et que la Grande Armée n'était pas un bloc scandinave homogène.
Les Anglo-Saxons appellent d'ailleurs cette armée micel here, littéralement la « grande troupe ». Les fouilles et les textes convergent : il s'agissait d'une coalition de bandes de guerre venues de Scandinavie, d'Irlande, de la mer d'Irlande et du continent, et non d'une armée unifiée.
Ce qu'il commande, et quand
Le rôle d'Ubba dans cette coalition est établi par plusieurs textes. Les deux mêmes chroniques le placent à la tête de l'armée qui écrase les rois de Northumbrie Ælla et Osberht en 867, après la prise d'York, l'un des deux sièges archiépiscopaux du pays et l'un de ses centres commerciaux les plus riches. L'Historia regum attribue la conquête de la Northumbrie à trois chefs nommés : Ivar, Halfdan et Ubba.
La hiérarchie des sources
Voici la hiérarchie honnête des sources qui le mentionnent.
| Source | Rédaction | Distance aux faits | Ce qu'elle dit d'Ubba | Fiabilité |
|---|---|---|---|---|
| Chronique anglo-saxonne | IXe-XIIe s. | Contemporaine pour le noyau | Ne le nomme pas en 878, parle du « frère d'Ivar et de Halfdan » | Élevée |
| Passio sancti Eadmundi (Abbon de Fleury) | Fin Xe s. | Environ 120 ans | Premier texte à le nommer ; le laisse en Northumbrie en 869 | Moyenne |
| Historia de sancto Cuthberto | Xe-XIe s. | 100 à 200 ans | Le qualifie de dux des Frisons | Moyenne |
| Annales de St Neots | XIe-XIIe s. | 200 à 300 ans | Le dit frère de trois filles de Lodbrok, mentionne la bannière Reafan | Faible |
| Annales Lindisfarnenses et Dunelmenses | XIe-XIIe s. | 200 à 300 ans | Dux des Frisons, vainqueur de la Northumbrie | Faible |
| Estoire des Engleis (Geffrei Gaimar) | XIIe s. | Environ 280 ans | L'identifie au chef tué en 878, le fait enterrer à Ubbelawe | Faible |
| Geste des Danois (Saxo Grammaticus) | Vers 1200 | Plus de 320 ans | Fils de Ragnar, révolté contre son père, jamais en Angleterre | Très faible |
La lecture de ce tableau est sans appel : plus une source est riche en détails sur Ubba, plus elle est tardive. Les textes les plus proches des faits sont aussi les plus avares.
Le martyre d'Edmond : la légende qui a fait la réputation d'Ubba
C'est un récit de martyre, écrit plus d'un siècle après les faits, qui sort Ubba de l'anonymat et fait de lui l'ennemi type du christianisme. Sans lui, son nom n'aurait peut-être jamais traversé les siècles.
En automne 869, la Grande Armée envahit le royaume d'Est-Anglie et y installe ses quartiers d'hiver à Thetford. Le roi Edmond meurt. La Chronique anglo-saxonne, comme la Vita Alfredi, le dit tué au combat, sans aucune scène de supplice. Mais une légende hagiographique se développe très vite : celle d'un roi pacifique refusant de verser le sang et acceptant le martyre.
Le texte fondateur est la Passio sancti Eadmundi, rédigée vers la fin du Xe siècle par Abbon de Fleury, moine franc. C'est le plus ancien texte connu à mentionner Ubba. Et il dit quelque chose que presque personne ne relève : selon Abbon, Ubba reste en Northumbrie pendant qu'Ivar mène la conquête de l'Est-Anglie. Il n'assiste donc pas à la mort d'Edmond.
Trois siècles plus tard, le manuscrit F de la Chronique anglo-saxonne place au contraire les deux hommes côte à côte et fait d'eux les responsables du martyre. Les textes ultérieurs reprennent cette version, qui devient la version populaire.
Æbbe de Coldingham et Osgyth : deux récits invérifiables
Ubba apparaît aussi dans deux autres récits de saints, ceux d'Æbbe de Coldingham et d'Osgyth, dans l'Essex, où il dirige les armées qui pillent leurs monastères. Ces récits sont spectaculaires : Æbbe aurait ordonné à ses religieuses de se mutiler le visage pour préserver leur virginité, se tranchant elle-même le nez et la lèvre au rasoir, avant d'être brûlée vive avec ses sœurs.
Trois raisons interdisent de les prendre au sérieux.
- L'anachronisme d'Osgyth : elle est censée avoir vécu au VIIe siècle, bien avant le premier raid viking en Angleterre. Elle ne pouvait pas croiser Ubba.
- Le silence des textes anciens : l'histoire d'Æbbe n'apparaît dans aucun document antérieur au XIIIe siècle, soit près de quatre cents ans après les faits supposés.
- Le modèle littéraire : les descriptions de vikings d'Abbon de Fleury doivent beaucoup à un récit de raid sur la Loire écrit par un autre moine de Fleury. Ce sont des motifs recyclés, pas des témoignages.
Avec le temps, Ivar et Ubba deviennent une paire, l'archétype de l'envahisseur païen. Ce qui les rend célèbres est précisément ce qui les rend difficiles à saisir.
Arx Cynuit, 878 : comment meurt Ubbe
Ubba meurt vraisemblablement au combat dans le Devon, au printemps 878, dans une bataille que les Vikings perdent totalement. C'est la réponse à la question la plus posée à son sujet, et elle mérite d'être détaillée, parce qu'elle contient une surprise.
Le contexte : l'hiver où Alfred manque de tout perdre
Le contexte est celui de la pire année du règne d'Alfred le Grand. Pendant l'hiver 877-878, Guthrum lance une attaque surprise depuis Gloucester, s'enfonce profondément dans le Wessex et saccage le domaine royal de Chippenham. Alfred se réfugie dans les marais du Somerset.
Au même moment, une flotte viking venue du Dyfed, au pays de Galles, débarque dans le Devon. Les deux opérations semblent coordonnées, une tenaille destinée à achever le roi acculé. Cette seconde armée est anéantie à Arx Cynuit, une forteresse que la Vita Alfredi situe à l'emplacement de l'actuelle Countisbury, dans le nord du Devon. Le vainqueur est identifié par le Chronicon Æthelweardi : Odda, ealdorman du Devon.
Les chiffres de la bataille
Les chiffres donnés par la Chronique anglo-saxonne valent qu'on s'y arrête : 23 navires et 840 morts côté viking. Cela donne environ 36 hommes par bateau, un ordre de grandeur parfaitement cohérent avec le navire de Gokstad, un bâtiment norvégien du IXe siècle à 32 rames. Rien, ici, ne sent l'exagération de chroniqueur.
Le détail que personne ne relève
Vient maintenant le point que personne ne dit. La Chronique anglo-saxonne ne nomme jamais le chef tué. Elle le désigne seulement comme « le frère d'Ivar et de Halfdan ». L'identification de cet homme à Ubba apparaît pour la première fois dans l'Estoire des Engleis, une chronique du XIIe siècle, soit près de trois cents ans plus tard. On ignore si son auteur disposait d'une source perdue ou s'il a simplement déduit le nom en s'appuyant sur l'association déjà établie entre Ivar et Ubba.
Ce même texte ajoute deux détails précieux. Ubba serait tombé en un lieu nommé le bois de Pene, peut-être Penselwood, à la limite du Somerset et du Wiltshire. Il serait enterré dans le Devon, sous un tumulus appelé Ubbelawe, « le tertre d'Ubbe ».
Chronologie, de 865 à 878
Voici le fil chronologique complet.
- 865 : la Grande Armée hiverne en Est-Anglie et obtient des chevaux de la population soumise.
- 866-867 : prise d'York, puis écrasement des rois Ælla et Osberht. Ubba est cité parmi les vainqueurs.
- 869 : conquête de l'Est-Anglie, mort du roi Edmond. La présence d'Ubba est disputée selon les sources.
- 873 : la Grande Armée se scinde. Halfdan s'installe en Northumbrie, Guthrum part vers le sud.
- Hiver 877-878 : Guthrum frappe Chippenham, Alfred se replie dans les marais.
- Printemps 878 : débarquement dans le Devon, désastre d'Arx Cynuit, mort du frère d'Ivar et de Halfdan.
- Mai 878 : Alfred rassemble ses troupes et brise Guthrum à Edington. Guthrum est baptisé.
La défaite du Devon a très probablement laissé Guthrum en surextension. Quelques semaines plus tard, Alfred renversait la partie.
La bannière au corbeau Reafan, trophée et énigme
Les vainqueurs d'Arx Cynuit ne se contentent pas de tuer un chef : ils capturent une bannière, et cet objet est la pièce la plus intrigante de tout le dossier.
Les Annales de St Neots, texte du XIe ou XIIe siècle, racontent que trois filles de Lodbrok avaient tissé une bannière magique nommée Reafan, et qu'elle fut prise lors de la bataille. Certaines versions de la Chronique anglo-saxonne confirment de leur côté la capture d'une bannière au corbeau nommée Hræfn, le mot vieil-anglais pour corbeau, mais sans lui prêter le moindre pouvoir.
Deux textes indépendants, l'un sobre et l'autre merveilleux, décrivent donc le même trophée. C'est exactement le genre de recoupement qui donne du poids à un détail.
Dans une armée viking, une bannière n'est pas un ornement. Elle remplit trois fonctions concrètes :
- Point de ralliement visuel dans une mêlée où l'on ne distingue plus les camps.
- Signe du chef : la bannière tombe quand le chef tombe, et l'armée le sait.
- Prise de guerre symbolique : s'en emparer, c'est annoncer que la lignée adverse a été défaite, pas seulement ses hommes.
Ces annales sont aussi le premier texte à relier explicitement Ubba à la lignée de Lodbrok. Autrement dit, la filiation la plus célèbre de l'histoire viking apparaît dans le même document que la bannière magique. Cela devrait suffire à inspirer la prudence.
Loup et corbeau, les bêtes de bataille du Nord
Le corbeau de la bannière ne marche jamais seul dans l'imaginaire nordique : le loup l'accompagne partout, et ce couple dit tout du regard que ces hommes portaient sur la guerre.
La poésie vieil-anglaise et norroise mobilise avec insistance un motif que les spécialistes appellent les bêtes de bataille : le loup, le corbeau et l'aigle, qui suivent les armées et attendent la fin du combat. Annoncer leur venue, dans un poème, c'est annoncer le carnage sans le décrire. Le procédé est si constant qu'il fonctionne comme une signature du genre.
Ce n'est pas un ornement poétique isolé. Odin lui-même est encadré par ces bêtes. Deux loups, Geri et Freki, mangent à ses pieds dans la Valhöll, et le dieu leur abandonne toute sa nourriture, se contentant de vin. Deux corbeaux, Huginn et Muninn, la Pensée et la Mémoire, parcourent le monde chaque jour et reviennent lui parler à l'oreille.
Le maître des morts au combat est donc entouré exactement des deux animaux qui hantent les champs de bataille. Rien n'est laissé au hasard dans cette symétrie : le corbeau voit et rapporte, le loup accompagne et dévore. L'un est l'intelligence du dieu, l'autre sa faim.
C'est pourquoi le loup reste, mille ans plus tard, le symbole le plus chargé de cet imaginaire. Il ne représente pas la brutalité, mais l'appartenance à une meute et la présence aux côtés de ceux qui affrontent. Ceux qui portent aujourd'hui un pendentif loup prolongent, souvent sans le savoir, une association vieille de plus d'un millénaire. Pour comprendre la place exacte de Geri et Freki dans l'équipement d'Odin, notre article sur Gungnir et les loups d'Odin détaille l'ensemble.
La bannière au corbeau d'Ubba n'est donc pas un emblème choisi au hasard par un chef de guerre. C'est la moitié visible d'un couple symbolique dont l'autre moitié court dans la forêt.
Ubbe était-il vraiment un fils de Ragnar Lothbrok ?
Très probablement non, du moins pas au sens généalogique : la filiation d'Ubba avec Ragnar est une construction littéraire apparue au moins deux siècles après sa mort. C'est la conclusion à laquelle mènent toutes les sources, une fois remises dans l'ordre.
La Passio sancti Eadmundi, premier texte à le nommer, n'indique aucun lien de parenté entre Ubba et Ivar. Les deux hommes y agissent ensemble, rien de plus. La plus ancienne source à en faire des frères est celle des Annales de St Neots, au XIe ou XIIe siècle, celle-là même qui raconte la bannière tissée par trois filles de Lodbrok.
Ce que dit la tradition scandinave
Du côté scandinave, Saxo Grammaticus, vers 1200 dans la Geste des Danois, fait bien d'Ubbe un fils de Ragnar et de la fille d'un certain Hesbern. Mais son récit ne ressemble en rien à celui des Anglais : Ubbe s'y révolte contre son père, poussé par Hesbern, et ne met jamais les pieds en Angleterre.
Le point décisif est ailleurs, et il est rarement cité. Ubba est quasi absent des traditions islandaises consacrées aux fils de Ragnar. Les sagas de cette branche, qui constituent le corpus le plus riche sur la légende, ne lui accordent aucun fils correspondant à Ubba. Il n'existe que dans la branche est-scandinave, celle de Saxo.
Quelques repères pour s'y retrouver :
- Ragnar Lodbrok est lui-même un personnage d'historicité douteuse, probablement un amalgame de plusieurs figures du IXe siècle.
- Les sources anglaises situent la légende en Est-Anglie, les sources scandinaves en Northumbrie. Elles ne racontent pas la même chose.
- Un texte islandais tardif, le Ragnarssona þáttr, donne à Ivar deux frères bâtards nommés Yngvar et Husto, qui pourraient être une déformation d'Ivar et Ubba mal recopiés depuis des sources anglaises.
Une hypothèse séduisante expliquerait cette fabrication : la légende de Ragnar aurait servi à donner une cause noble, la vengeance d'un père, à ce qui n'était au départ qu'une entreprise de conquête et d'installation. Pour le portrait complet du père supposé, voyez notre portrait de Ragnar Lothbrok.
Cela n'enlève rien à Ubba. Il a commandé des hommes, pris des royaumes et il est mort au combat. Il n'avait pas besoin d'un père célèbre.
Ubbe dans la série Vikings : ce que la fiction ajoute
La série garde le nom, la fratrie et l'époque, puis construit à peu près tout le reste. Ce qui n'est pas un reproche, mais mérite d'être su.
Dans Vikings, Ubbe est interprété par Jordan Patrick Smith à partir de la seconde partie de la saison 4. Aîné des fils de Ragnar et d'Aslaug, il est le frère de Hvitserk, Sigurd et Ivar, et le demi-frère de Bjorn. Il épouse Torvi en saison 5, après la séparation de celle-ci et de Bjorn, et son arc le conduit vers l'ouest, à la recherche d'une terre nouvelle, jusqu'à une rive inconnue.
Ubbe a-t-il découvert l'Amérique ?
Sur cette dernière image, la question revient sans cesse : Ubbe a-t-il découvert l'Amérique ? Non. Le premier Européen à atteindre l'Amérique du Nord est Leif Erikson, vers l'an mil, plus d'un siècle après la mort d'Ubba. Le seul site nordique authentifié du continent est celui de L'Anse aux Meadows, à Terre-Neuve. La traversée d'Ubbe est un choix de scénario, pas un épisode historique.
| Élément de la série | Ce que disent les sources | Verdict |
|---|---|---|
| Ubbe est fils de Ragnar | Affirmé seulement à partir du XIe siècle, absent des sagas islandaises | Construction tardive |
| Frère d'Ivar | Aucune parenté dans le texte le plus ancien | Non attesté à l'origine |
| Participe à la Grande Armée | Confirmé par trois chroniques distinctes | Attesté |
| Présent à la mort du roi Edmond | Abbon de Fleury le place ailleurs, un texte du XIIe siècle le place sur les lieux | Contradictoire |
| Survit à la série et part vers l'ouest | Meurt vraisemblablement dans le Devon en 878 | Inventé |
| Découvre l'Amérique | Leif Erikson, vers l'an mil | Faux |
| Époux de Torvi | Aucune source médiévale ne mentionne son épouse | Inventé |
La ressemblance avec Ragnar, et l'autre Ubba
Reste la question de la ressemblance avec Ragnar. Dans la série, elle est un ressort narratif : Ubbe hérite du calme et de la curiosité de son père, là où Ivar hérite de sa violence. Aucune source ne décrit le physique ou le caractère du personnage historique. Cette ressemblance est purement une écriture de série.
Quant à The Last Kingdom, son Ubba et l'Ubbe de Vikings sont bien la même figure historique, traitée par deux équipes qui ont fait des choix opposés : un brutal superstitieux d'un côté, un pacificateur réfléchi de l'autre.
Porter l'héritage d'Ubbe : symboles nordiques et loup
Un symbole nordique ne vaut que si vous savez ce qu'il raconte. Le corbeau d'Ubba, les loups d'Odin, les runes : ces motifs circulent beaucoup et souvent n'importe comment. Voici comment choisir sans se tromper.
- Vérifier ce que le motif représente vraiment. Un corbeau, un loup, un valknut et un marteau ne disent pas la même chose. Le loup renvoie à la meute et à la présence, le corbeau au regard et à la mémoire.
- Préférer un symbole attesté à un logo de série. Un motif issu des sources traverse les modes, un emblème de série vieillit avec elle.
- Choisir le métal en fonction de votre carnation. L'argent et l'acier soutiennent les teints froids, le bronze et le laiton réchauffent les teints dorés. Un bijou loup se porte quotidiennement : la couleur du métal compte plus que le détail du relief.
- Mesurer l'usage avant l'esthétique. Une bague loup à relief marqué accroche les poches et les manches ; une chevalière à motif gravé est plus discrète au quotidien.
- Éviter les runes décoratives sans signification. Une inscription runique alignée au hasard se remarque immédiatement de la part de qui connaît le futhark. Si vous voulez du texte, choisissez un mot réel.
- Comparer les registres avant de trancher. Un sweat loup au motif large affirme beaucoup plus qu'un pendentif discret. Les deux fonctionnent, mais pas dans les mêmes contextes.
Un dernier repère : les objets nordiques retrouvés en fouille sont presque toujours sobres et portés. Les pièces spectaculaires existent, mais l'essentiel de ce que ces hommes et ces femmes portaient au quotidien tenait dans un motif simple, répété, et usé par le temps. C'est une bonne boussole esthétique.
FAQ : Ubbe et les fils de Ragnar
Comment meurt Ivar le Désossé ?Les sources divergent et restent vagues. La Chronique anglo-saxonne et les annales irlandaises situent la mort d'un chef viking nommé Ivar autour de 870-873, sans décrire les circonstances. Dans la série Vikings, Ivar meurt au combat en Angleterre face aux Saxons, ce qui est un choix d'écriture sans équivalent documentaire.
Qui est le vrai père de Bjorn ?Dans la série, Bjorn est le fils de Ragnar et de Lagertha. Historiquement, Bjorn Côte-de-Fer est lui aussi une figure de saga dont l'existence est discutée, et sa filiation avec Ragnar relève du même corpus légendaire tardif que celle d'Ubba. Aucune chronique contemporaine ne les relie.
Magnus est-il vraiment le fils de Ragnar ?Magnus est un personnage de la série, présenté comme le fils de Ragnar et de la reine Kwenthrith de Mercie, et sa paternité y est justement mise en doute par les autres personnages. Aucune source médiévale ne connaît ce personnage.
Quand meurt Rollo ?Le Rollon historique, fondateur du duché de Normandie après le traité de Saint-Clair-sur-Epte en 911, meurt vers 928-933. Il n'est pas le frère de Ragnar : la série lui donne un lien de parenté qui n'existe dans aucun texte.
Qui est le fils préféré de Ragnar ?La question n'a de sens que dans la série, où Ragnar entretient un lien particulier avec Bjorn puis avec Ivar. Les sources médiévales ne hiérarchisent pas ses fils et, pour Ubba, ne garantissent même pas la filiation.
Ubbe de Vikings et Ubba de The Last Kingdom sont-ils la même personne ?Oui, les deux personnages remontent au même chef viking historique mort en 878. Les deux séries ont puisé dans le même dossier anglo-saxon et en ont tiré des portraits opposés : The Last Kingdom retient l'envahisseur des hagiographies, Vikings invente un fils réfléchi et bâtisseur.




